La croissance de l'entreprise génère deux types de besoin de financement :
- le premier, généralement bien identifié, concerne les
investissements. A noter toutefois que
ceux-ci sont de plus en plus souvent immatériels,
notamment dans les services (R&D, logiciels, développement,
structure), ce qui rend leur financement traditionnel
par les banques plus difficile.
- le second, souvent sous-évalué, voire oublié, concerne
le besoin de fonds de roulement (BFR).
Il correspond au besoin de financement généré
par l'activité de l'entreprise, plus particulièrement
par son cycle d'exploitation, qui reproduit des
opérations d'approvisionnement, de production
et de vente de façon permanente et continue. Le
BFR augmente proportionnellement avec la croissance
du chiffre d'affaires, dès lors que les conditions
de paiement des clients et de règlement des fournisseurs
restent inchangées.
***
I/ Rappel de quelques principes incontournables
:

-
Il existe un "
cercle vertueux " initié par
la rentabilité de l'entreprise : les bénéfices de
l'entreprise constituent des fonds propres, qui vont
accroître la capacité d'endettement de l'entreprise.
L'endettement génère un effet de levier qui à son
tour va accroître la rentabilité. En résumé : sans
rentabilité, pas de fonds propres, et sans fonds propres,
pas de capacité d'endettement.

- Investissements et augmentation du BFR doivent être
financés par des ressources
stables (fonds
propres, emprunts moyen terme) et, donc par un renforcement
du fonds de roulement (le haut de bilan).

- Il ne faut pas compter uniquement sur les
banques
: les emprunts ne financent que des avances sur recettes.
Le risque (" les paris sur l'avenir ") ne peut être
financé que par des apports en fonds propres (autofinancement
et investisseurs). Ne pas oublier, en effet, que le
banquier prête de l'argent qui ne lui appartient pas,
contrairement à l
'investisseur qui peut décider
de prendre un risque plus important.

- Lever des fonds quand l'entreprise n'en a
pas
encore besoin. Pour être en bonne situation de
négociation (avec un banquier ou un investisseur),
il ne faut être ni en situation délicate, ni soumis
à des contraintes temporelles courtes.
II/ Pour mener à bien une démarche de financement,
il faut préalablement :

-
Anticiper le développement de l'entreprise
et ses
besoins de financement.
Le Business Plan (cf. l'article intitulé "Le rôle
du Business Plan : démontrer et convaincre") doit
permettre, une fois démontrée la faisabilité du projet
de développement, de prévoir, d'évaluer et de justifier
le besoin de financement, et donc d'anticiper la mise
en place des financements. Il est fondamental, en
matière de financement, d'
anticiper pour réagir
à temps et ne rien gérer dans l'urgence. En outre,
anticiper un financement augmente la chance de l'obtenir
et anticiper une difficulté de trésorerie évite d'indisposer
son banquier.

- Evaluer la
capacité de l'entreprise à
mobiliser
des fonds.
Elle repose sur la connaissance de sa situation financière (capacité d'autofinancement, niveau du BFR, capacité d'endettement et de remboursement, cote Banque de France), la prise en compte des motivations et objectifs des partenaires financiers (les critères d'analyse des banquiers, les critères de sélection des investisseurs) et un diagnostic (de quelles marges de manœuvre dispose l'entreprise, et peut-elle financer son développement ?). Il faut, en outre, savoir limiter son développement à ses capacités financières (actuelles et futures).
III/ Les moyens de financement.
Ils viennent de deux sources, les investisseurs et les prêteurs, qui répondent à deux logiques fondamentalement différentes :
- L'investisseur investit volontairement son
argent dans le capital des entreprises. Sa motivation
est positive : réaliser un gain en capital. Il s'intéresse,
principalement, au potentiel de développement de l'entreprise.
Il regarde le futur, et … se prend à rêver. Il existe
différents types d'investisseurs : sociétés de capital-risque,
de capital-développement, business angels, épargne
de proximité, " love money ", …
- Le prêteur prête de l'argent, qui dans le
cas du banquier ne lui appartient pas. Sa motivation
est négative : ne pas perdre son argent. Il s'intéresse,
principalement, au risque de défaillance de l'entreprise.
C'est pourquoi, il regarde le passé (les trois derniers
bilans !), car … il veut se rassurer. Les prêteurs
sont principalement les banques, mais il y a aussi
les emprunts obligataires, et sous réserve que l'entreprise
se porte bien, les comptes courants d'associé.
Les
investisseurs n'interviennent que dans
des opérations s'effectuant par apports de fonds propres,
principalement par augmentation de capital. L'accès
au capital peut être immédiat (souscription d'actions
en numéraire) ou à terme (obligations convertibles
en actions, bons de souscription d'actions).
Les
banques financent les investissements et
le cycle d'exploitation :
Le financement des
investissements se fait
sous forme de crédits d'investissement à moyen terme,
de crédit-bail ou de location financière. Il peut
exister un financement " interne " sous la forme de
cession d'immobilisations ou d'opération de lease-back.
Le financement du
cycle d'exploitation doit
d'abord être recherché dans l'entreprise, qui dispose
souvent d'un potentiel d'amélioration de la trésorerie
non exploité. Ce n'est qu'après avoir optimisé les
différents postes du BFR (encours clients, stocks,
crédit fournisseurs), et s'il existe un besoin résiduel,
que l'on pourra solliciter les banques, avec d'autant
plus de succès que cette démarche d'optimisation du
BFR sera appréciée par elles.
Les moyens de financement ne manquent pas : facilité de caisse (besoin ponctuel), escompte, avances sur factures (Dailly), crédits de trésorerie (besoins structurels) ou de campagne (activité saisonnière), cession de créances (affacturage).
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Malgré tout ce que l'on entend dire sur les difficultés de financement des PME, il faut être convaincu d'une chose, c'est qu'un bon projet de développement trouve toujours un financement. Ce n'est pas l'argent qui manque, ce sont les bons projets.
Article rédigé pour Yvelines Compétences par
Michel ZOURBAS
Conseil en gestion et finance d'entreprise
Chargé de cours à l'Université de Versailles St Quentin en Yvelines.
Contact :
m.zourbas@zed-conseil.com