Avec la croissance, les problèmes changent d'ampleur et de nature : besoins de trésorerie accrus, fonds propres insuffisants, équipes incomplètes, locaux inadaptés, informatique sous dimensionnée, management débordé, culture d'entreprise qui se transforme, esprit familial qui s'évanouit peu à peu …
Pour passer d'une marche à l'autre, toute entreprise a besoin de moyens supplémentaires, notamment humains. Mais elle a rarement les moyens financiers de ces recrutements ou de ces investissements au moment où ils doivent être décidés. Vaut-il mieux pratiquer l'excès de vitesse pour accroître ses positions ou, au contraire, lever le pied, au risque de perdre momentanément des parts de marché? Sans doute faut-il alterner en permanence les phases d'accélération et de consolidation, sans jamais pour autant renoncer à la croissance.
I/ Développer sa capacité stratégique.
La croissance, pourquoi ? Les réponses sont
multiples : satisfaire les aspirations de l'entrepreneur,
accroître la valeur de l'entreprise, atteindre le
point mort, concrétiser complètement l'opportunité,
suivre la dynamique du marché, atteindre la masse
critique, … ? La réflexion stratégique doit permettre
de situer la croissance dans la stratégie de son
entreprise. On a coutume de distinguer trois grandes
aspirations socio-économiques de l'entrepreneur
: la pérennité de son entreprise (souci de durée
dans l'espoir de transmettre), l'indépendance (propriété
du capital, mais aussi autonomie de décision) et
la croissance (volonté de puissance, désir de pouvoir).
Ces aspirations peuvent s'organiser autour de deux
logiques :

-
une logique d'action patrimoniale qui privilégie
la pérennité de l'entreprise et la volonté de préserver
l'indépendance patrimoniale. La croissance n'est
acceptée que pour autant qu'elle ne remet pas en
cause pérennité et indépendance patrimoniale de
l'entreprise.

-
une logique d'action entrepreneuriale qui
privilégie les activités à croissance forte dans
une optique de valorisation des capitaux. L'autonomie
de décision est recherchée (et non l'indépendance
du capital). Le souci de pérennité est faible (on
change facilement d'activité).
La croissance, comment ? Après la réponse
au " où veut-on aller ? ", il importe de préciser
le " comment on y va ? ", c'est-à-dire quelle voie
emprunter, et avec quels moyens. Pour la jeune entreprise,
la voie naturelle c'est d'exploiter à fond les ressources
de son (ses) domaine(s) d'activité, et d'envisager
la diversification avec prudence, uniquement dans
une optique de renforcement des activités d'origine.
Rappelons le rôle essentiel du Business Plan, réducteur
d'incertitude, qui permet d'éclairer et de baliser
l'itinéraire de la jeune entreprise et de contribuer
au choix du " bon itinéraire " après en avoir analysé
plusieurs.
II/ Structurer l'entreprise.
La croissance impose de faire évoluer la structure. A chaque étape de sa croissance, l'entreprise court deux risques : soit son organisation n'évolue pas assez, ce qui entraîne de la non qualité, soit elle devient trop complexe, et c'est la bureaucratie.
Déléguer, pour se concentrer sur l'essentiel.
Il importe que le dirigeant délègue le quotidien
(l'urgent pas important) pour se concentrer sur
" l'important / pas urgent " (la stratégie, le long
terme, l'organisation). Il doit déléguer de vraies
responsabilités à ses collaborateurs, ce qui implique
de prévoir des modalités de contrôle.
Externaliser, avant de recruter. La jeune
entreprise doit, si elle veut réussir, rester concentrée
sur son cœur de métier (son produit/service, ses
clients, le développement de son chiffre d'affaires).
Elle n'a pas encore les moyens financiers pour recruter,
à plein temps, des collaborateurs expérimentés,
dans chacune des fonctions qui compose l'organigramme
d'une entreprise plus grande. Les compétences à
mobiliser sont souvent trop multiples pour pouvoir
être détenues par une seule entreprise. Pour elle,
l'externalisation est, dans un premier temps, la
seule solution pour accéder à des compétences qu'elle
ne possède pas en interne. Elle lui permet de grandir
sans grossir. Si elle se développe suffisamment,
elle pourra, à terme, et de façon progressive, recruter
des collaborateurs à plein temps.
Motiver pour fidéliser. Pour se développer
la jeune entreprise doit pérenniser son équipe,
ce qui impose de donner une vision (un sens) et
faire partager le projet de l'entreprise. La mobilisation
des collaborateurs passe par la fierté d'appartenir
à l'entreprise, le plaisir à y travailler et l'équité
dans le système de reconnaissance. L'écoute de ses
collaborateurs est fondamentale, si l'on veut éviter
un turn-over trop important.
III/ Contrôler et financer la croissance.
Adapter le niveau de la croissance à ses capacités
financières. La croissance génère des besoins
financiers, importants et croissants, et impose
de trouver les financements adaptés. Il importe,
si le financement ne peut pas suivre, de ralentir
la croissance pour éviter la sortie de route. Il
faut donc faire des prévisions financières et anticiper
ses besoins de financement, afin de réagir à temps
et ne rien gérer dans l'urgence, de lever des fonds
quand l'entreprise n'en a pas encore besoin et de
disposer de réserves de financement.
Contrôler la montée en puissance de l'entreprise.
La mise en place d'indicateurs de gestion, ou d'un
tableau de bord, permet d'obtenir des informations
régulières, rapides et de synthèse (sur l'activité,
les marges, la trésorerie, la qualité, …) de contrôler
les performances (points clés à surveiller) et de
prendre des mesures correctrices. Chaque entreprise
doit définir son propre tableau de bord, à partir
d'indicateurs spécifiques, personnalisés et adaptés
à l'entreprise.
Financer correctement la croissance. Ce qui
impose de respecter deux principes de base :

1-
Financer ses besoins permanents (investissements,
augmentation du besoin de fonds de roulement -BFR-)
avec des ressources permanentes (capitaux propres,
emprunts à terme) et réserver les dettes bancaires
court terme au financement des besoins court terme.

2-
Financer l'augmentation du BFR (directement
liée au rythme de croissance du chiffre d'affaires)
avec la capacité d'autofinancement dégagée, en l'absence
d'apports financiers extérieurs. Si la rentabilité
de l'entreprise est insuffisante, sa croissance
devra être ralentie, puisqu'elle ne disposera pas
des ressources internes nécessaires au financement
de l'augmentation du BFR (les banques répugnent
à financer le BFR).
***
C'est le
dirigeant qui fait la croissance.
Quand une société cesse de croître c'est très souvent
la faute de son dirigeant. Trois erreurs le guettent
: ne pas connaître ses limites, ne pas savoir s'entourer
et ne pas évoluer (continuer à faire au lieu de
coordonner). Il lui faut cesser d'être homme orchestre
(celui qui fait tout) pour devenir chef d'orchestre
(celui qui se concentre sur ce qui est prioritaire).
Ce qui passe par le développement d'une réelle capacité
de délégation.
***
Article rédigé pour Yvelines Compétences par
Michel ZOURBAS
Conseil en gestion et finance d'entreprise
Chargé de cours à l'Université de Versailles St Quentin en Yvelines.
Contact :
m.zourbas@zed-conseil.com