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Le point mort, un concept fondamental
pour la jeune entreprise


25 avril 2005
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Le point mort (ou seuil de rentabilité) est un concept simple, utile d'un point de vue opérationnel, souvent méconnu et insuffisamment utilisé par les jeunes entreprises. Toute entreprise, quand elle démarre, devrait calculer son point mort.

I/ Définir le point mort

A/ Le point mort est le niveau d'activité (chiffre d'affaires, production) au-dessus duquel l'entreprise commence à dégager un bénéfice. On peut exprimer ce niveau d'activité par un chiffre d'affaires minimum à atteindre, une production minimum à réaliser. Il peut, d'un point de vue opérationnel, être calculé pour l'année, le mois, la semaine voire la journée.

B/ Une seconde définition du point mort, plus riche, repose sur la distinction entre charges fixes et charges variables.

Les charges fixes, ou charges de structure, correspondent aux coûts engagés pour constituer la structure nécessaire au fonctionnement de l'entreprise. Le montant de ces charges est indépendant du niveau d'activité, dans le cadre d'une structure donnée. A noter toutefois, que cette notion de structure est une référence de court terme, et que sur un horizon supérieur à 2 ou 3 ans, aucune charge ne peut être considérée comme fixe. Dans les faits, les charges fixes évoluent par paliers.

Les charges variables correspondent à des coûts dont le montant varie avec l'activité de l'entreprise (ils augmentent si les ventes augmentent). Ce sont, par exemple, les consommations de matières, les coûts de transports, les coûts d'énergie et d'entretien, … Par simplification, on considère que ces charges varient de façon proportionnelle à l'activité.

Le point mort est, alors, défini comme le niveau d'activité pour lequel la marge sur coûts variables (marge brute) absorbe totalement les frais fixes. Cette définition met l'accent sur l'importance des frais fixes, dont le montant détermine le niveau de marge brute qu'il faut dégager avant de réaliser le premier euro de bénéfice.

II/ Calculer le point mort

Si nous notons : C, le point mort, c'est-à-dire le chiffre d'affaires pour lequel le résultat d'exploitation est nul, CV les charges variables, CF les charges fixes, alors on peut écrire :
C - CV - CF = 0
Les charges variables peuvent être exprimées en fonction de C :
CV = kC
k est le coefficient de proportionnalité liant les charges variables au chiffre d'affaires.
L'équation précédente peut alors s'écrire :
C - kC - CF = 0
Soit C-kC = C(1-k) = CF
D'où :
C = CF / (1-k)
Le point mort s'obtient donc en divisant le montant des charges fixes par le taux de marge sur coûts variables (ou marge brute).

III/ Impact de la structure des charges (poids relatif des frais fixes) sur le point mort

Soit deux entreprises A et B, réalisant un même niveau de chiffre d'affaires, un résultat identique, mais avec des structures de coûts différentes : l'entreprise A a peu de frais fixes et des charges variables importantes, alors que l'entreprise B a beaucoup de frais fixes et peu de charges variables :
  Entreprise A Entreprise B
Chiffre d'affaires 100.000 100.000
Charges variables 70.000 30.000
Coûts fixes 15.000 55.000
Résultat 15.000 15.000
Point mort 50.000 78.570

L'entreprise B a le point mort le plus élevé. Elle est plus sensible à la conjoncture que l'entreprise A (en cas de baisse de son chiffre d'affaires, l'entreprise B commence à perdre de l'argent en dessous de 78.570 de chiffre d'affaires, alors qu'à ce niveau de chiffre d'affaires, A réalise encore des bénéfices). En cas d'aléas ou de dérives par rapport aux prévisions, sa marge de manœuvre est plus réduite que celle de A. Son risque opérationnel est plus grand.

IV/ Pour action

A/ Connaître son point mort

Pour cela, il faut calculer le montant de ses charges fixes et sa marge brute (marge sur coûts variables) et ne pas oublier d'actualiser ces chiffres en fonction de l'évolution de l'entreprise (en cas d'embauche d'un salarié, les frais fixes vont augmenter et le point mort aussi).

Il est important de connaître son point mort. Si l'on prend l'image du saut en hauteur, on peut dire que le point mort est la hauteur à laquelle il faut placer la barre : plus le point mort est élevé, plus la barre sera placée haut et plus on risquera de la faire tomber en sautant … c'est-à-dire, ne pas réaliser un chiffre d'affaires suffisant pour dégager un bénéfice.

En bonne logique, on devrait chercher à mettre la barre le plus bas possible. Plus le point mort est élevé, plus il faudra du temps à une jeune entreprise pour atteindre son point d'équilibre. Plus le point mort est élevé, plus les risques opérationnels seront grands

B/ S'efforcer d'abaisser son point mort

Pourquoi ? Abaisser son point mort, c'est réduire la vulnérabilité de l'entreprise :
- à un point mort élevé est associé un risque élevé,
- le risque est d'autant plus élevé que l'entreprise a des coûts fixes élevés.

Comment ? En variabilisant les coûts et en limitant les frais fixes.
a/ Variabiliser ses coûts : se demander, face à un engagement de dépense, s'il s'agit d'une charge fixe ou d'une charge variable ; rechercher la plus grande flexibilité et souplesse possible : sous-traiter les services annexes, plutôt que les intégrer, et faire appel à des sous-traitants, des prestataires de services pour les tâches ne correspondant pas à des compétences clés

b/ Limiter ses frais fixes : Les frais fixes sont directement responsables de la hauteur à laquelle il faut placer la barre : plus les frais fixes sont élevés, plus il faut sauter haut. En conséquence, préférer un surcoût temporaire à une surcapacité ou à un surdimensionnement des équipements ou des effectifs, et faire attention aux investissements (amortissements, maintenance, entretien) et aux recrutements.
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L'objectif pour une jeune entreprise, c'est de grandir sans grossir. En procédant de la sorte, elle augmente sa capacité à faire face à une conjoncture défavorable ou des difficultés passagères ; elle réduit sa vulnérabilité et accroît son espérance de vie.

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Article rédigé pour Yvelines Compétences par
Michel ZOURBAS
Conseil en gestion et finance d'entreprise
Chargé de cours à l'Université de Versailles St Quentin en Yvelines.
Contact : m.zourbas@zed-conseil.com