Le point mort (ou seuil de rentabilité) est un concept simple, utile d'un point de vue opérationnel, souvent méconnu et insuffisamment utilisé par les jeunes entreprises. Toute entreprise, quand elle démarre, devrait calculer son point mort.
I/ Définir le point mort
A/ Le point mort est le
niveau d'activité
(chiffre d'affaires, production)
au-dessus
duquel l'entreprise commence à dégager un bénéfice.
On peut exprimer ce niveau d'activité par un chiffre
d'affaires minimum à atteindre, une production
minimum à réaliser. Il peut, d'un point de vue
opérationnel, être calculé pour l'année, le mois,
la semaine voire la journée.
B/ Une seconde définition du point mort,
plus riche, repose sur la distinction entre charges
fixes et charges variables.
Les
charges fixes, ou charges de structure,
correspondent aux coûts engagés pour constituer
la structure nécessaire au fonctionnement de l'entreprise.
Le montant de ces charges est indépendant du niveau
d'activité, dans le cadre d'une structure donnée.
A noter toutefois, que cette notion de structure
est une référence de court terme, et que sur un
horizon supérieur à 2 ou 3 ans, aucune charge
ne peut être considérée comme fixe. Dans les faits,
les charges fixes évoluent par paliers.
Les
charges variables correspondent à des
coûts dont le montant varie avec l'activité de
l'entreprise (ils augmentent si les ventes augmentent).
Ce sont, par exemple, les consommations de matières,
les coûts de transports, les coûts d'énergie et
d'entretien, … Par simplification, on considère
que ces charges varient de façon proportionnelle
à l'activité.
Le point mort est, alors, défini comme
le niveau
d'activité pour lequel la marge sur coûts variables
(marge brute) absorbe totalement les frais fixes.
Cette définition met l'accent sur l'importance
des frais fixes, dont le montant détermine le
niveau de marge brute qu'il faut dégager avant
de réaliser le premier euro de bénéfice.
II/ Calculer le point mort
Si nous notons :
C,
le point mort, c'est-à-dire le chiffre d'affaires
pour lequel le résultat d'exploitation est nul,
CV
les charges variables,
CF
les charges fixes,
alors on peut écrire :
C
- CV - CF = 0
Les charges variables peuvent être exprimées en fonction de C :
CV
= kC
où
k est le coefficient de proportionnalité
liant les charges variables au chiffre d'affaires.
L'équation précédente peut alors s'écrire :
C
- kC - CF = 0
Soit
C-kC
= C(1-k) = CF
D'où :
Le point mort s'obtient donc
en divisant le
montant des charges fixes par le taux de marge
sur coûts variables (ou marge brute).
III/ Impact de la structure des charges (poids relatif des frais fixes) sur le point mort
Soit deux entreprises A et B, réalisant un même
niveau de chiffre d'affaires, un résultat identique,
mais avec des structures de coûts différentes
:
l'entreprise A a peu de frais fixes et
des charges variables importantes, alors que
l'entreprise
B a beaucoup de frais fixes et peu de charges
variables :
| |
Entreprise A
|
Entreprise B
|
| Chiffre d'affaires |
100.000
|
100.000
|
| Charges variables |
70.000
|
30.000
|
| Coûts fixes |
15.000
|
55.000
|
| Résultat |
15.000
|
15.000
|
| Point
mort |
50.000
|
78.570
|
|
L'entreprise B a le point mort le plus élevé. Elle est plus sensible à la conjoncture que l'entreprise A (en cas de baisse de son chiffre d'affaires, l'entreprise B commence à perdre de l'argent en dessous de 78.570 de chiffre d'affaires, alors qu'à ce niveau de chiffre d'affaires, A réalise encore des bénéfices). En cas d'aléas ou de dérives par rapport aux prévisions, sa marge de manœuvre est plus réduite que celle de A. Son risque opérationnel est plus grand.
IV/ Pour action
A/ Connaître son point mort
Pour cela, il faut calculer le montant de ses
charges fixes et sa marge brute (marge sur coûts
variables) et ne pas oublier d'
actualiser
ces chiffres en fonction de l'évolution de l'entreprise
(en cas d'embauche d'un salarié, les frais fixes
vont augmenter et le point mort aussi).
Il est important de connaître son point mort. Si l'on prend l'image du saut en hauteur, on peut dire que le point mort est la hauteur à laquelle il faut placer la barre : plus le point mort est élevé, plus la barre sera placée haut et plus on risquera de la faire tomber en sautant … c'est-à-dire, ne pas réaliser un chiffre d'affaires suffisant pour dégager un bénéfice.
En bonne logique, on devrait chercher à mettre la barre le plus bas possible. Plus le point mort est élevé, plus il faudra du temps à une jeune entreprise pour atteindre son point d'équilibre. Plus le point mort est élevé, plus les risques opérationnels seront grands
B/ S'efforcer d'abaisser son point mort
Pourquoi ? Abaisser son point mort, c'est
réduire la vulnérabilité de l'entreprise :

- à
un point mort élevé est associé un risque élevé,

- le risque est d'autant plus élevé que l'entreprise
a des coûts fixes élevés.
Comment ? En variabilisant les coûts et
en limitant les frais fixes.

a/
Variabiliser ses coûts : se demander,
face à un engagement de dépense, s'il s'agit d'une
charge fixe ou d'une charge variable ; rechercher
la plus grande flexibilité et souplesse possible
: sous-traiter les services annexes, plutôt que
les intégrer, et faire appel à des sous-traitants,
des prestataires de services pour les tâches ne
correspondant pas à des compétences clés

b/
Limiter ses frais fixes : Les frais
fixes sont directement responsables de la hauteur
à laquelle il faut placer la barre : plus les
frais fixes sont élevés, plus il faut sauter haut.
En conséquence, préférer un surcoût temporaire
à une surcapacité ou à un surdimensionnement des
équipements ou des effectifs, et faire attention
aux investissements (amortissements, maintenance,
entretien) et aux recrutements.
***
L'objectif pour une jeune entreprise, c'est de
grandir sans grossir. En procédant de la
sorte, elle augmente sa capacité à faire face
à une conjoncture défavorable ou des difficultés
passagères ; elle réduit sa vulnérabilité et accroît
son espérance de vie.
***
Article rédigé pour Yvelines Compétences par
Michel ZOURBAS
Conseil en gestion et finance d'entreprise
Chargé de cours à l'Université de Versailles St Quentin en Yvelines.
Contact :
m.zourbas@zed-conseil.com