Reprendre une entreprise est un acte d'entrepreneuriat
au même titre qu'en créer une. Toutefois le métier
de repreneur est, par essence, éloigné de celui
de créateur d'entreprise :
le repreneur
part d'une entreprise existante et concentre son
énergie sur des problèmes de développement, corrige
des erreurs passées ou réoriente des politiques
compromises, alors que
le créateur doit
constituer
ex nihilo la combinaison des
moyens de production et le réseau de relations
que constitue une entreprise.
Comme pour la création d'entreprise,
la reprise
se caractérise par la nécessité d'adopter une
approche et une méthodologie rigoureuses.
La reprise d'entreprise présente un certain nombre
d'avantages. Le risque stratégique est en principe
limité, car l'entreprise a déjà fait ses preuves
dans son marché et son histoire constitue un bon
support d'analyse. Par ailleurs, le fait que l'entreprise
existe et qu'elle ait une antériorité permet au
repreneur de mieux situer sa place, son rôle,
ses fonctions et ses marges de manœuvre dans l'entreprise
cible. La reprise d'entreprise comporte, néanmoins,
des risques spécifiques (liés à la fragilité des
montages financiers et aux surprises non décelées
par le diagnostic) qu'il ne faut pas négliger.
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Le
processus de reprise comprend quatre
phases principales : la détection de l'entreprise
à reprendre (la cible), son étude, la négociation
et l'entrée du repreneur dans l'entreprise.
A - La détection d'une cible conforme à son
projet de reprise
Avant toutes choses, le repreneur potentiel doit
mener une réflexion préalable sur lui-même
(son
profil et son projet personnels sont-ils en
adéquation avec une reprise d'entreprise ?) et
sur le type d'entreprises recherché. Les entreprises
à reprendre sont nombreuses ; pour trouver celle
que l'on reprendra, encore faut-il savoir celle
que l'on cherche ! D'où la nécessité de préciser
son
projet de reprise, notamment en termes
de secteur d'activité, de localisation géographique,
de taille d'entreprise, de niveau de technicité
et de santé financière de l'entreprise, sans oublier
ses ressources financières.
Après avoir déterminé le profil des entreprises
qu'il serait susceptible de reprendre, le repreneur
doit les
rechercher. L'accès à l'information
est difficile, car le marché, non organisé, reste
confidentiel. Le cédant est par nature discret,
pour ne pas perdre ses clients et pour éviter
que ses concurrents ne profitent de la situation.
Le repreneur devra donc multiplier les pistes
et les sources d'informations qui sont multiples.
B - L'étude de la cible
Les entreprises sélectionnées font l'objet d'un
diagnostic approfondi de leur secteur d'activité.
Un diagnostic général de chaque entreprise est
réalisé pour bien cerner leurs forces et faiblesses.
Une analyse financière détaillée de la situation
actuelle et passée est indispensable à l'évaluation
de la cible. A l'issue de ces analyses, certaines
entreprises sont écartées. Pour les cibles retenues,
deux séries de questions se posent au repreneur
:
- Comment évaluer le montant de la cible
?
On valorise, aujourd'hui, une entreprise plus
sur sa
valeur de rentabilité (un multiple
de ses résultats) que sur sa
valeur patrimoniale
(actif net corrigé). Le contexte de l'évaluation
de l'entreprise détectée est délicat, car des
aspects affectifs interférent avec des critères
plus rigoureux. De fait, chacun des protagonistes
définit une
valeur selon son point de vue.
La phase d'évaluation permet de fixer une fourchette
de valeurs, sur laquelle s'appuiera la négociation,
car la valeur ne doit pas être confondue avec
le
prix. Les motivations du cédant et du
repreneur pèsent souvent autant, dans sa détermination,
que les données propres de l'entreprise. En dehors
des aspects financiers, l'appréciation du savoir-faire
et la détection d'un potentiel de développement
sont déterminants.
- Comment financer la reprise ?
Il faut d'abord estimer le
montant total
qu'il va falloir financer. Au-delà du montant
de la transaction, le projet de reprise peut nécessiter
des fonds supplémentaires : honoraires d'audit/conseil,
comptes courants à rembourser, investissements
à réaliser, besoin de fonds de roulement lié au
plan de développement. Tous les montages financiers
combinent des
fonds propres apportés par
le repreneur (éventuellement complétés par des
investisseurs) et des
emprunts bancaires.
On peut aussi, en complément, négocier avec le
cédant un
crédit vendeur, qui permettra
d'échelonner le paiement de l'acquisition.
C - La négociation du rachat de l'entreprise
Tous les éléments relatifs à l'entreprise cible
ayant été étudiés, le repreneur peut, aidé de
ses conseillers (pour que la préparation et la
formalisation de l'accord se déroulent dans le
respect du droit et des intérêts du repreneur,
il importe qu'il s'entoure de consultants compétents),
vérifier la cohérence globale du projet et négocier
le rachat. Il rédige, alors, un
plan de reprise,
support de la négociation.
Outre la fixation du prix et des modalités de
paiement, la
négociation procède de prises
de décisions concernant des éléments très divers
engageant l'avenir de l'entreprise (immobilier,
devenir du personnel, poursuite des contrats commerciaux,
remboursement des comptes courants, maintien des
anciens dirigeants pour faciliter la reprise,
…) et d'autres de nature juridique (garanties
de passif et d'actif, protocole d'accord, …).
Le caractère affectif de l'opération, notamment
du point de vue du cédant, peut freiner fortement
son déroulement.
D - L'entrée du repreneur dans l'entreprise
achetée
L'étape ultime du processus de reprise est celle
de l'entrée du repreneur dans l'entreprise qu'il
a achetée. Elle comprend généralement une
période
de transition avec le cédant, période pendant
laquelle le repreneur et le cédant sont tous les
deux présents pour faciliter la continuité de
l'entreprise. Cette période de transition permet
de rassurer l'entourage de l'entreprise (salariés,
clients, fournisseurs, banquiers) et de donner
au repreneur le temps pour se familiariser avec
l'entreprise. Toutefois le pouvoir de décision
ne se partageant pas, la présence de deux acteurs
dans l'entreprise peut entraîner une ambiguïté
au sein de l'organisation, comme auprès de ses
partenaires. Cette période ne doit donc pas excéder
quelques mois.
Puis vient le moment du
départ du cédant,
le repreneur se trouvant alors seul pour gérer
l'entreprise. Celui-ci doit alors s'imposer en
tant que
dirigeant d'entreprise, en connaissant
peu l'identité de l'entreprise et, surtout, en
emportant rapidement l'adhésion des salariés en
place et des partenaires actuels, et notamment
des clients.
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Certains pourraient se poser la question de savoir s'il est plus rapide et moins risqué de reprendre une entreprise que d'en créer une.
Plus rapide ? Reprendre une entreprise
est un processus qui peut être aussi long que
d'en créer une. Si gain de temps il y a, il porte
sur le temps nécessaire pour développer l'entreprise
: l'entreprise reprise a une taille très supérieure
à celle que l'on crée à partir de zéro. De plus,
elle a déjà des clients, des salariés, un outil
de production/logistique, des banquiers …
Moins risqué ? Il peut y avoir des reprises
à risque élevé (reprise d'entreprises en difficulté).
Mais la nature du risque est différente ; on peut
mieux l'appréhender dans le cas d'une reprise
(il y a un existant que l'on peut auditer) et
il est possible de limiter son risque en reprenant
une entreprise saine, à condition d'en avoir les
moyens … car elle vaudra cher.
Article rédigé
pour Yvelines Compétences par
Michel ZOURBAS
Conseil en gestion et finance d'entreprise
Chargé de cours à l'Université de Versailles St Quentin en Yvelines.
Contact :
m.zourbas@zed-conseil.com